La littérature dans son cocon… déploie ses ailes dans l’art vivant !

Par Isaline et Anaïs – Jour 2

Rencontre avec…

… Delphine Saint-Raymond autour de la littérature, le chantsigne, et la Langue des Signes Française (LSF).

Comment passer du texte écrit aux signes ? Comment faire le passage d’une langue écrite à une langue visuelle ? Comment, par les signes, peut-on sensibiliser un public entendant, et comment faire passer un message fort ?

Dès son plus jeune âge, Delphine Saint-Raymond adore lire des romans ou encore la bibliothèque rose. Comédienne depuis douze ans, elle pratique également le chantsigne (chanter en LSF), art qui se développe depuis quelques années. Elle traduit des textes de Brassens, Léonora Miano, Giraudoux, Victor Hugo, etc… en LSF, ou en chantsigne.

Fan de Léonora Miano, elle décide de s’atteler à la traduction de plusieurs de ses textes.

Tâche ardue ! D’une langue à l’autre, il peut y avoir de grandes différences dans le sens, dans les implicites portés par un mot. De plus, l’interprétation d’un texte est parfois subjective ou peut donner lieu à plusieurs sens possibles, notamment dans la poésie. Comment rendre ces possibilités ? Delphine nous répond qu’il faut alors faire le choix d’un signe et que ce choix est difficile. En plus de l’analyse, il faut se laisser porter par la poésie corporelle pour ce choix.
Il est naturel pour elle d’être bilingue, de passer du français à la LSF, mais la LSF devient un outil de travail pour traduire des textes littéraires, il faut tout de même fournir un gros travail ! Travail qui s’affine au fil du temps, on laisse mûrir le texte et celui-ci nous délivre d’autres sens cachés.
En LSF, on peut dire en montrant :
  il y a une iconicité inhérente à la langue. Par la traduction, il s’agit de saisir ce qui a été dit, le transformer, faire des choix d’interprétation. On s’approprie alors le texte. Seulement parfois, le sens ne passe pas, il faut alors le changer pour le rendre compréhensible.
Par ailleurs, une autre langue amène un autre mode de pensée, c’est d’autant plus vrai pour les langues des signes qui utilisent un autre mode de perception de la langue : visuel et non plus sonore, « on pense en image » dit Delphine. Ce changement de perception fait qu’une autre logique est en place à certains moments, la phrase en français se voit donc remaniée pour trouver une logique visuelle en LSF.
Tout d’abord, Delphine fait une analyse profonde du texte. Puis elle le met en forme spécialement, se le réapproprie par une découpe qui vient du fait que les syntaxes sont différentes. Au sujet des rimes, tout est possible ! On peut les donner à voir par des redondances de mimiques, de configurations de la main, de mouvements du corps… Qui veut créer un groupe d’études sur cette question ?! 
 
Ensuite, comment choisir précisément les « images » pour traduire ? Traduire suppose d’être neutre, non ? En fait, il s’agit pour Delphine de trouver une image qui la rattache au texte, un écho à sa propre histoire.
Il suffit de regarder une personne signer pour s’apercevoir immédiatement de la différence entre la langue des signes et la langue française.
Delphine nous a rappelé la                froideur               que                pouvait                avoir                la langue française, le
poids
de                                                               sa                                       l–i–n–é–a–r–i–t–é——
ce qui est à contre courant de la L
                                                                          S
                                                                               F.
La distance qu’il peut y avoir entre deux personnes qui échangent, ne se retrouve pas dans la LSF car elle se véhicule par tout le corps, le visage est très expressif. La LSF est très chaleureuse, on se touche, on attrape les gens pour communiquer. Le corps et la langue forment un ensemble et c’est bien ce qui a charmé le public.
La dimension visuelle peut être un point d’accroche pour les entendants, décrypter les signes et rentrer un peu dans cette langue. Il faut savoir que la manière de signer change selon les pays mais on arrive toujours à échanger. Passer d’une langue à une autre, requiert cependant un minimum de connaissances. Delphine a su s’approprier la littérature en performant les textes. La musique et le rythme sont dans sa tête lorsqu’elle chantsigne. Elle arrive à les transmettre aisément, le signe s’adapte au rythme et à la vitesse de la musique. Les mots ont un souffle nouveau. On a pu assister à une véritable renaissance dans cette interprétation destinée au public sourd mais qui enchante tout individu.

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1O ans déjà

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