Interview: Marie Cosnay

Marie Cosnay

Marie Cosnay a accepté, à la suite de sa conférence, de nous accorder encore quelques minutes pour approfondir certains points.

Mélody: A quel moment, selon vous, devient-on écrivain? Y’a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit « c’est bon, je suis écrivaine »?

Marie C.: A partir du moment où on publie un texte à compte d’éditeur, on est auteur, on a une fonction, c’est le métier. Se sentir écrivain une fois pour toutes, c’est comme se sentir quelque chose une fois pour toutes, je n’en sais rien. Pour l’instant, il se trouve que j’ai besoin de cette activité, j’ai besoin de ça pour ne pas m’ennuyer. Maintenant, ce n’est pas lutter contre l’ennui qui fait de moi quelqu’un qui exerce le métier d’écrivain.  On est à la fois écrivain parce qu’on publie des livres qui sont vendus en librairie, qu’un éditeur en est garant. C’est ça qui est important, on est pas seul avec son texte, à partir du moment où quelqu’un est garant alors, à ce moment-là, on accède à ce qu’on pourrait définir comme de l’ordre du métier et de la fonction sociale et on peut appeler ça « écrivain ». Mais, se sentir écrivain, intimement, c’est une autre affaire. Par exemple, quand je finis un livre, il part vers l’éditeur. Et puis, pendant six mois, pour vivre, je dois faire des petits boulots, pendant ces six mois, je ne vais pas être à mon bureau, qui me dit que je suis écrivain? Pour moi, ce que j’ai fait autrefois ou ce que je ferai après demain ne garanti pas ce que je suis au moment présent. Donc au moment où je n’écris pas je ne suis pas écrivain, au moment où j’écris, peut-être un peu quand même.

Mélody: Autre sujet, pourquoi avoir traduit Les Métamorphoses d’Ovide? Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce texte?

Marie C.: C’est un texte magnifique mais ce n’est pas fini, il y aurait encore plein d’autres choses à traduire. Il y a trois textes que j’aimerais traduire: Les Métamorphoses d’Ovide, c’est maintenant fait, l’Enéide de Virgile, j’en ai traduit des morceaux, et puis j’adorerai traduire De rerum natura de Lucrèce. J’ai commencé par le plus facile, en tout cas, je trouve que c’est plus facile que Lucrèce. Les Métamorphoses, c’est une sorte de travail de métamorphose sur l’épopée, c’est fascinant. C’est le genre d’oeuvre qui ne laisse pas la place à l’ennui, je pense qu’Ovide a aussi très peur de s’ennuyer donc une histoire enchaîne sur une autre, puis encore une autre…

Mélody: Pour finir, nous nous sommes rendues compte que les thèmes que vous abordez dans vos livres sont très disparates

Marie C.: A part peut-être le mouvement, les moments historiques à déchiffrer, comme ce qu’il s’est passé à ce moment-là. Par exemple, les journées sanglantes qui achèvent la commune de Paris, qui sont les vainqueurs? Qui sont les vaincus? Qu’est-ce qu’il se passe quand un gamin de quinze ans quitte son pays pour tenter une aventure, une aventure un peu obligée et en même temps un peu rêvée. Que se passe-t-il quand un gamin de quinze ans s’engage contre le nazisme dans un petit village du Médoc alors que rien familialement ne l’y a amené? A chaque fois, cela part d’une question, peut-être que chacun de mes livres pourrait se résumer par une question, qu’est-ce qu’il se passe et comment on en arrive là?

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