Interview : Arno Bertina

Châteaux qui brûlent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mégane : Pensez-vous que nous sommes observateurs de notre vie, contrairement aux personnages de vos livres qui seraient plus dans la position d’acteur?

Arno B. : Je ne pense pas qu’on puisse faire une distinction comme ça, les personnages de ce roman-là sont en l’occurrence sont assez ordinaires, ils se révoltent mais ce n’est pas parce qu’on a le reste du temps une vie ordinaire qu’on est incapable de se révolter à un moment et donc de basculer dans une vie extraordinaire ou de faire quelque chose d’extraordinaire. Je pense que c’est valable aussi pour nous, par exemple, là c’est un temps extraordinaire, pas dans le sens héroïque mais qui tranche avec le quotidien, là c’est l’organisation de ce festival, écrire un livre est aussi un temps qui tranche avec le quotidien. On est jamais strictement observateur de notre vie, de la même manière qu’on est jamais strictement acteur. Je pense qu’on passe toujours de l’un à l’autre avec une extrême rapidité, qu’on est à la fois acteur, passif et que peut-être l’écriture c’est souligner ça. Souvent les gens ont tendance à mettre les autres dans une catégorie bien précise, l’écriture peut montrer qu’au contraire, on peut circuler entre ces identités.

Mégane : Justement, par rapport à l’écriture de votre œuvre, avez-vous une idée précise de l’avenir de vos personnages?

Arno B. : C’es différent pour chaque livre, pour certains livres, j’ai un plan très clair et le résultat n’en est pas très différent. Avec certains livres, je me lance dedans sans avoir exactement vers quoi ça va. On a toujours un point final en tête mais il peut changer au cours de l’écriture. Pour Des Châteaux Qui Brûlent, j’avais pendant longtemps une fin très différente et c’est dans la dernière année de travaille que ça a changé. Quand je commence un chapitre, j’ai quand même une idée approximative des cinq prochains chapitres au minimum, sinon, on est trop dans le vague.

bertina

Mégane : Pensez-vous que la symbiose entre fête et révolte est le cycle de notre vie?

Arno B. : La vie est toujours en deux temps, par exemple le moment où on parle et le moment où on se tait, le moment où inspire et le moment où on expire. On pourrait décrire la vie avec des choses binaires, l’intérêt est de montrer que la vie est faite de cycles. Dire qu’il y a la vie et ensuite la mort, c’est trop simple puisque après la mort, il y a la décomposition, de la vie réapparaît à partir de ça. Ce qui est beau, même si on est dans un système binaire, c’est de montrer que ce système binaire est sans fin, que ce n’est pas si binaire que ça.

Mégane : Est-ce que l’actualité en France pourrait vous inspirer pour une prochaine œuvre, notamment avec les gilets jaunes et cette paroles en communion?

Arno B. : Peut-être pas parce que c’est déjà ce que j’ai essayé de montrer: comment un groupe arrive à se parler, comment avec les collègues qu’on fréquente au quotidien et à qui on ne parle pas parce qu’on a pas le temps, dès lors qu’on arrête la chaîne, on peut se parler. Donc non, je ne vais pas revenir exactement sur la même chose et parfois il faut du temps avant de comprendre. Ce n’est pas parce que c’est un sujet passionnant que ça doit forcément devenir un livre. Parfois il faut trouver une tension supplémentaire à l’intérieur de ça.

Photo en haut – Ouest-France : Ouvrières et ouvriers devant l’abattoir Doux, source d’inspiration du roman Des Châteaux qui brûlent d’Arno Bertina.

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